Le taux d'escompte — Machine à remonter le temps

Combien vaut aujourd'hui un dollar de dommages climatiques futurs ?

Paramètres

Le taux auquel on « dévalue » les coûts et bénéfices futurs. Plus il est élevé, moins le futur compte.
3.0 %
Dans combien d'années les dommages surviennent-ils ?
75 ans
Estimation des dommages climatiques annuels à l'horizon choisi. Stern (2006) estimait ~5-20% du PIB mondial.
10 000 G$

Formule de Ramsey

r = δ + η·g
Impatience intrinsèque : à quel point on préfère le présent, indépendamment de la richesse. δ = 0 signifie qu'on traite toutes les générations de manière égale.
1.0 %
Sensibilité du bien-être aux revenus. η élevé signifie que les générations futures, plus riches, ont moins besoin de chaque dollar supplémentaire.
1.5
Taux de croissance anticipé de la consommation par habitant.
1.5 %

Valeur actuelle de 1 $ de dommages futurs selon le taux d'escompte

Coût social du carbone selon différentes approches

Pourquoi le taux d'escompte est-il si important ?

Le taux d'escompte (ou taux d'actualisation) détermine combien nous sommes prêts à payer aujourd'hui pour éviter des dommages futurs. C'est le paramètre le plus influent — et le plus controversé — de toute l'économie du climat.

Un taux élevé (5-7%) signifie que les dommages dans 75 ans ne valent presque rien aujourd'hui : on estime que les générations futures seront beaucoup plus riches et pourront s'adapter. Un taux bas (1-2%) signifie qu'un dollar de dommages en 2100 vaut encore beaucoup aujourd'hui : on considère que les dommages climatiques sont potentiellement catastrophiques et irréversibles.

Cette différence, apparemment technique, a des conséquences politiques majeures. Elle détermine si un gouvernement devrait investir massivement aujourd'hui dans la décarbonation ou plutôt attendre que les technologies futures soient moins coûteuses.

La formule de Ramsey

La formule de Ramsey est le cadre théorique standard pour déterminer le taux d'escompte social :

r = δ + η · g

Trois paramètres, trois jugements de valeur :

Le débat Stern vs Nordhaus

Le désaccord le plus célèbre en économie du climat oppose deux lauréats Nobel :

Nicholas Stern (2006) : δ = 0,1%, η = 1, g = 1,3% → r ≈ 1,4%
Stern considère qu'on n'a aucune raison éthique de dévaluer les générations futures (δ ≈ 0). Son taux bas implique un coût social du carbone d'environ 85 $/tCO₂ et justifie une action climatique immédiate et massive.
Source : Stern, N. (2006). The Economics of Climate Change: The Stern Review. Cambridge University Press.
William Nordhaus (2008) : δ = 1,5%, η = 2, g = 2% → r ≈ 5,5%
Nordhaus considère que les préférences observées sur les marchés financiers révèlent un δ positif, et que les générations futures seront significativement plus riches. Son taux élevé donne un coût social du carbone de seulement 8 $/tCO₂, justifiant une approche plus graduelle.
Source : Nordhaus, W. (2008). A Question of Balance. Yale University Press.

La différence entre 85 $ et 8 $ par tonne de CO₂ — un facteur de 10 — provient essentiellement du choix du taux d'escompte. Les deux économistes utilisent des modèles similaires ; c'est le jugement de valeur sur le futur qui diverge.

Le coût social du carbone (CSC)

Le coût social du carbone mesure le dommage total (en dollars) causé par l'émission d'une tonne supplémentaire de CO₂. Il sert de référence pour calibrer les taxes carbone et évaluer les politiques environnementales.

Les estimations officielles ont considérablement évolué :

Source : EPA (2023). Report on the Social Cost of Greenhouse Gases. U.S. Environmental Protection Agency.

En pratique : la taxe carbone au Canada

La taxe fédérale sur le carbone au Canada était fixée à 80 $/tCO₂ en 2024, avec une trajectoire prévue vers 170 $/tCO₂ en 2030. Ce niveau est cohérent avec un coût social du carbone estimé à un taux d'escompte de 2 à 3%. Le débat politique canadien illustre parfaitement la tension entre l'analyse économique (qui soutient la taxe) et l'acceptabilité politique (qui la remet en question).

L'enjeu des dommages climatiques

Les estimations des pertes de PIB mondial en 2100 varient selon le réchauffement anticipé :

Pour un PIB mondial projeté d'environ 200 000 G$ en 2100 (en dollars constants de 2024), une perte de 18% représente environ 36 000 G$ par an. La question du taux d'escompte détermine combien de cette somme nous sommes prêts à « voir » aujourd'hui.

Sources : Burke et al. (2015), Nature ; Kalkuhl & Wenz (2020), JEEM ; Howard & Sterner (2017), Environmental & Resource Economics.

Que retenir ?

Le taux d'escompte n'est pas un paramètre technique neutre. C'est un jugement éthique sur la valeur relative du bien-être des générations futures. Choisir un taux, c'est répondre à la question : « Combien sommes-nous prêts à sacrifier aujourd'hui pour protéger ceux qui vivront demain ? » Il n'y a pas de réponse « objective » — mais comprendre les implications de chaque choix est essentiel pour évaluer les politiques climatiques.