Un outil interactif pour comprendre le problème du passager clandestin et le financement des biens publics
Un bien public est un bien qui possède deux caractéristiques fondamentales :
La préservation de la forêt tropicale est un exemple emblématique de bien public mondial. La forêt amazonienne, par exemple, fournit des services écosystémiques dont bénéficie la planète entière :
Le problème : les coûts de préservation sont supportés localement (renoncement à l'exploitation des terres), tandis que les bénéfices sont partagés mondialement. Chaque pays a donc une incitation à laisser les autres payer pour la préservation — c'est le problème du passager clandestin (free-rider).
Dans ce modèle, N pays disposent chacun d'une dotation E (budget disponible). Chaque pays i choisit combien contribuer au fonds de préservation :
Le premier terme (E − gi) est le gain privé (budget non contribué). Le second terme est le bénéfice tiré du bien public : chaque dollar contribué au fonds génère un rendement α pour chaque pays. Le paramètre m représente un éventuel fonds de contrepartie (matching fund).
L'incitation individuelle de chaque pays est de ne pas contribuer :
Puisque α < 1 (sans contrepartie), chaque dollar contribué rapporte moins d'un dollar au contributeur. Il est donc individuellement rationnel de garder son argent : c'est l'équilibre de Nash à gi = 0 pour tous.
Pourtant, l'intérêt collectif commande la contribution maximale. La condition de Samuelson stipule que la fourniture du bien public est socialement optimale si :
Quand cette condition est vérifiée, chaque dollar contribué génère plus d'un dollar de bénéfices au total (répartis entre tous les pays). L'optimum social est alors gi = E pour tous.
Un fonds de contrepartie (matching fund) multiplie chaque contribution par (1 + m). Si m = 1, chaque dollar contribué est doublé. Cela peut modifier fondamentalement l'incitation individuelle : si α(1 + m) ≥ 1, alors contribuer devient individuellement rationnel et le problème de passager clandestin disparaît.
Ce modèle illustre pourquoi les accords internationaux sur l'environnement (Protocole de Montréal, Accord de Paris) nécessitent des mécanismes incitatifs au-delà du volontariat. Les solutions possibles incluent : les fonds de contrepartie, les engagements conditionnels (« je contribue si les autres contribuent aussi »), les sanctions pour non-contribution, et les transferts financiers Nord-Sud pour compenser les coûts de préservation.